TOUTE PÉTILLE

Voilà!

Mon album de chansons expérimentales TOUTE PÉTILLE est désormais en circulation libre. Il est disponible en format Cassette (édition limitée à 30) ou en format Numérique (édition illimitée) au coût de 7$ ici.

Gros merci à Jeunesse Cosmique et à Chittakone Baccam. Grand merci à Jean-François Blouin et Marilène Provencher-Leduc pour leur contribution audio. Beau merci à  Jesper Vuori et Maija Tammi pour la signature visuelle.

Ont participer à cet album sans en avoir eu conscience :
Laurence Latreille-Gagné aux sons de souffles sur BRO ODEUR. Émilie Girard-Charest sur TOUCHE ME TOUTE LA NUIT. Matthias Soly-Letartre aux percussions sur MON DÎNER AVEC MON AMI. Une personne inconnue qui chante, Simon Bélanger qui fait de la lutte, la chorale du Conservatoire de Musique de Montréal, des enfants inconnus, Clara Jagau ainsi que Gabriel Nadeau Dubois sur JE RESSENS RIEN. Des joueurs de hockey extérieurs inconnus sur DIONVISION. Le fleuve St-Laurent sur FESSE-MOÉ L’ESPRIT. Une table chantante sur J’ENTENDS TOUJOURS LA MÊME CHOSE. Un phoque du Zoo de Berlin, des criquets japonais, des mouettes de Montréal et des reinettes faux-grillons de Quyon sur NIRVANA.

Un merci spécial à Maud Thuot pour sa participation fantôme dans le projet.

Le projet a été réalisé avec l’aide d’Emploi Québec et son programme Jeunes Volontaires au CJEO de Gatineau.

Bonne Écoute!

 

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En Finlande

La Finlande a apporté son lot d’inspiration à l’opéra de chambre en gestation.

Le Kantele, instrument national Finlandais, m’a particulièrement fait vibrer… C’est un instrument de la grande famille des cithares. J’ai eu de la chance de rencontrer Hannu Koistinen, fier fabricant des Kanteles Koistinen. Hannu est passionné et il m’a offert de me sponsoriser en me prêtant un magnifique et unique instrument pendant la durée de mon séjour. Beaucoup de plaisir avec ce Kantele Électrique!

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Le sauna est l’activité incontournable de tout séjour en Finlande. Il y a plus de deux millions de Saunas pour 5 millions de Finlandais! J’en ai essayé plusieurs et c’est une expérience inspirante. Lors de l’écriture de l’opéra, j’étais à la recherche d’un rituel symbolisant l’amitié. Le sauna m’est apparu comme le rituel par excellence pour tisser des liens amicaux. C’est aussi une expérience spirituelle étant donné la complexité des interactions entre les éléments naturels (la terre, le feu, l’air et l’eau) contrôlés pour notre bien-être. Ce contact intime avec la nature et d’autres humains est vraiment apaisant.

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Tōkyō -4 jours pleins d’amour à Daijoji –

img_1966L’amour dans la vie monastique.

L’amour sans Éros, sans romance.

L’amour au temple de Daijoji à Kanazawa.

L’amour durant 4 jours de Sesshin (période de méditation intensive).

L’amour est là. Tout le temps là. Disponible, infini.

Manquer d’amour, c’est manquer ce qui est là.

4:00 : L’amour du frette au Lever

4:20 : L’amour de la gravité pendant Zazen (période de méditation assise)

5:00 : L’amour de chanter pendant la Cérémonie.

6:00 : L’amour du repos au Repos

6:20 : L’amour du travail pendant Samu (période de travail)

7:00 : L’amour de mâcher au Déjeuner

8:00 : L’amour du thé au Repos

9:00 : L’amour de respirer pendant Zazen

11:00 : L’amour d’écouter pendant la Cérémonie

12:00 : L’amour de sentir au Dîner

13:00 : L’amour de regarder pendant Zazen

15:00 : L’amour de frotter pendant Samu

16:20 : L’amour d’avoir mal au genou pendant la Cérémonie

17:00 : L’amour fraternel au Souper

18:15 : L’amour de soi pendant Zazen

20:00 : L’amour des morts pendant la récitation de Fukanzazengi

21:00 : L’amour du dodo au Dodo.

Mme Butterfly / De l’amour en musique

L’opéra de chambre sur lequel je travaille s’inspire de l’histoire tragique de Madame Butterfly. Cette histoire raconte la vie d’une jeune Geisha (Cho-Cho-San) qui se marie avec un Marine américain (Pinkerton) à Nagasaki en 1904. Suite au mariage et à la lune de miel, Pinkerton repart aux États-Unis. Il revient trois ans plus tard avec une nouvelle épouse américaine pour prendre l’enfant qui a grandi pendant son absence. Cho-Cho-San, déshonoré et désespéré, se suicide. Qu’arriverait-il si elle ne se suicidait pas, si elle trouvait que la vie finalement valait d’être vécue?

Cet opéra se veut une réponse à cette question et l’amour est ce qui me semble donner valeur à la vie. Au sujet de l’amour, le philosophe André Comte-Sponville, dans son livre «le Sexe ni la Mort», distingue trois pôles formant l’amour tel qu’on le connaît : Éros, Philia et Agapè.

Éros « l’amour qui prend » : c’est l’amour comme manque. La passion amoureuse qui ne peut être que malheureuse puisque dès lors que j’ai l’objet de mon désir, il ne me manque plus.

Philia « l’amour qui partage » : C’est le souci de l’autre  dans une relation réciproque (amitié, solidarité).

Agapè « l’amour qui donne » : C’est l’amour universel en tant que don sans contrepartie dans sa dimension mystique ou religieuse. L’amour au sens de charité.

(Plus de détail ici )

Je propose donc de faire un petit parcours musical à travers des exemples du répertoire qui démontre à mon avis comment ces sentiments sont transmis en musique. Tout ceci est évidemment très subjectif!

Éros est le type d’amour auquel la plupart des gens pensent lorsqu’on leur pose la question:  Qu’est-ce que l’amour? Rare sont ceux qui n’ont pas ressenti ce type d’amour. Les exemples d’Éros en musique sont très nombreux. On a qu’à penser à Tristan et Iseut de Wagner. L’ouverture symbolise extraordinairement cet amour dans tout ce qu’il y a de plus tragique et de beau. Une mise en musique du manque.

Agapé est assez facile à concevoir comme idéal, mais difficilement applicable en réalité. On peut imaginer composer une musique qui soit des plus lumineuses possible. Cette luminosité qui exprime cet infini inatteignable. Bruckner atteint parfois, dans certains sommets agogiques de ses symphonies, des sommets comparables.

Je crois cependant que c’est Messiaen qui a su exprimer cette luminosité mieux que tout autre compositeur. Ce n’est pas un hasard s’il est sans doute le plus pieux des compositeurs modernes. Il y a de nombreux exemples dans sa musique. La Turangalîla symphonie, ce grand chant d’amour, est un exemple marquant de cette luminosité et de ses infinis reflets.

 (à partir de 1:01:08)

Mais cet amour n’est pas à mon avis l’expression de la charité. C’est une musique qui explore l’idéal de la charité. Qui pousse vers l’inatteignable, mais qui n’y arrive vraiment jamais. Elle ne cesse de refléter cette lumière, mais ne peut que la refléter et ne pas la montrer telle qu’elle est.

C’est parce que l’amour de la charité c’est aussi l’amour comme retrait, l’amour qui n’exerce pas toute sa puissance. De ce point de vue, la Symphony #3 du polonais Henryk Górecki et le dernier mouvement en particulier est un très bel exemple de charité en musique. C’est une musique sur le deuil bien sûr, mais surtout sur l’amour d’une mère pour son enfant.

(à partir de 46:40).

Il reste Philia. C’est plus difficile de définir clairement comment serait exprimée l’amitié en musique. J’imagine qu’on pourrait le traduire ce sentiment par une légèreté et une joie de vivre, une puissance de jouir. Mozart pourrait fournir de très beaux exemples.

J’aimerais cependant proposer Music for 18 musiciens de Steve Reich. Une musique minimaliste qui oscille entre une douce mélancolie et une légèreté. Une musique toujours propulsée par ce moteur, ce rythme incessant qu’il ne faut pas lâcher.

Cet opéra  mettra donc en scène Cho-Cho-San devenu moine zen dans un temple au Japon. À ce stade-ci, l’oeuvre se structure autour du passage entre un amour de manque (Éros) et un amour de charité (Agape) en passant par l’amitié (Philia). La transformation d’un amour d’une Geisha adolescente avec tout ce qu’il y a de plus passionné à l’amour d’une nonne dans toute sa sagesse.

Quel est ce processus de transformation entre un amour de manque et un amour de charité, d’Éros à Agapé? De Wagner à Gorecki…  C’est ce sur quoi je travaille. La musique et la composition, l’intuition et les sons m’en fournissent chaque jour des indices que je ne comprendrai vraiment jamais. Au bout du compte, il y aura une oeuvre qui parlera d’elle-même. Peut-être même que ce qu’elle exprimera n’aura rien à voir avec tout ça!

À voir…

Tokyo – Octobre – À la recherche du Zen perdu –

dsc_5678Qu’est-ce que le Zen authentique?

Durant mon court pèlerinage sur l’île de Shikoku, j’ai été choqué par l’institutionnalisation du bouddhisme. Les «business monks». On appelle ainsi les prêtres/moines qui ne font que performer des cérémonies religieuses qui sont parfois très couteuses. Ils arrivent au boulot le matin et retrouvent leur famille le soir. Ils n’ont pas la vocation de moine. Ils sont le symbole de la religion sans spiritualité. C’est sans compter les nombreux Shukubo qu’on retrouve sur l’île de Shikoku. Ce sont des temples transformés en hôtels assez dispendieux (entre 100$ à 200$ CAD pour une nuit) qui accueillent des autobus de touristes venus faire le pèlerinage en accéléré. J’ai passé une nuit dans un tel lieu à Anrakuji et ç’a été une expérience assez artificielle.

C’est étonnant à quel point l’argent a perverti nos sociétés. Même à ces endroits où il n’y a rien à vendre! De retrouver cette quête du profit et du capitalisme dans une majorité des temples bouddhiste a été un choc. C’était sans doute un peu naïf de ma part de croire encore à la vision idéale du temple isolé dans les montagnes où règnent paix et sérénité loin des soucis du monde moderne…

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Le pèlerin de Shikoku, qu’on appel « Henro », et son habit typique…

À la recherche du Zen perdu…

Heureusement, après le 11e temple du pèlerinage, on se retrouve dans les montagnes magnifiques qui entourent la ville de Tokushima. Il y a une bonne journée de marche pour arriver jusqu’au temple #12. C’est dans ces montagnes que j’ai pu vivre une tout autre expérience d’un temple bouddhisme…

Mon séjour au Doshin Zen Dojo (traduction : la pratique de la recherche du vrai soi)  a été une expérience marquante. J’ai été accueilli par Etsudo. Un moine zen d’une soixantaine d’années. Il invite tous les «Henro» à  venir rester dans son «temple» gratuitement. Etsudo vit de mendicité et de dons qu’il reçoit par la poste. « Please enjoy Zen simple life » m’a-t-il dit à plusieurs reprises dans un anglais assez bon pour un japonais. Effectivement, c’est une vie très simple. C’est un endroit très modeste, mais la générosité, l’ouverture et le don de soi de Etsudo forcent le respect. J’y suis resté trois jours. Les journées passaient lentement entre les séances de méditations, le travail dans le jardin, les «tea break» et les repas. J’y ai expérimenté un zen dépouillé de presque tout. La spiritualité sans religion…

Le contraste entre ce moine pauvre et solitaire et les «business monks» me fait encore beaucoup réfléchir.

Descendu de la montagne, je me suis dirigé vers Koyasan, cette montagne sacrée. Je ne voulais pas revivre l’expérience un peu horrible des Shukubo et il y en a plus de cinquante sur cette montagne sacrée, une vraie industrie. J’ai donc dormi dans un parc à la belle étoile. Au réveil, j’ai visité le cimetière et la tombe de Kobo Daishi. Les tombes et les cèdres tricentenaires vus sous la lueur de l’aube et le silence qui régnait forment un souvenir mémorable.

De retour à Tokyo, j’ai passé les trois dernières semaines à composer et à classer les idées provoquées par ce pèlerinage inspirant. C’est un travail ardu. Les notes sortent au compte-gouttes. C’est un peu comme essayé de presser un citron pas mûr!

Ceci dit, demain je quitte Tokyo à nouveau. Toujours à la recherche du Zen perdu, je passerai la semaine dans les environs de Ishikawa près des Alpes japonaise au temple zen de Daijoji. Quatre jours de méditations avec les moines. Par la suite, je me dirigerai vers Eiheiji, le plus important temple zen au Japon. Fondé par maître Dogen en 1244, on y forme la majorité des prêtres et j’aurai la chance d’y rester une nuit.

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Tokyo – Septembre – ThisLoveIsNothingButDesire –

Un mois à Tokyo déjà.

Mon coup de coeur jusqu’à maintenant est définitivement les classes de Butoh de Yoshito Ohno au Kazuo Ohno Dance Studio à Yokohama. Son enseignement est constitué d’exercice très simple, mais dont la profondeur est infinie. On y rencontre l’espace de ce petit studio légendaire et on y danse, très lentement le plus souvent, avec des gens de toute nationalité.

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 J’ai pu aussi assister à plusieurs représentations de spectacle traditionnel telles que le Noh, le Kabuki, le Rakugo et le Baseball! J’ai été très surpris d’entendre la complexité des chants crier par les amateurs. Chaque joueur à sa propre chanson lorsqu’il arrive au marbre! Chaque équipe a son propre compositeur qui les écrit. Ils aiment ça chanter les Japonais!

https://soundcloud.com/charles-quevillon/baseball-japonais

À travers toutes ces distractions, c’est difficile de se mettre au boulot! Plusieurs idées sont sur la table. J’essaie d’intégrer les expériences multiples du quotidien, ces nouvelles sensations qui me surprennent. Par exemple, les tremblements de terre et la vulnérabilité devant les catastrophes naturelles en général influencent beaucoup l’art et la culture japonaise. J’en retrouve les traces un peu partout dans la musique moderne ou traditionnelle. Je ressens cette précarité avec les tremblements fréquents et ce sont pour moi de nouvelles sensations qui influencent mes idées de compositions et font surgir de nouvelles textures, de nouvelles sonorités.

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La pièce sur laquelle je travaille est un opéra de chambre pour 3 musiciens, 3 chanteurs et trois danseurs. Il est difficile d’aborder cet opéra, qui prend comme point de départ Mme Butterfly de Puccini, sans réfléchir au thème de l’amour, l’amour passionné entre Cho-Cho-San et Pinkerton. Comment est-ce que les Japonais vivent l’amour? C’est une question que je me pose et que je pose! Ce qui peut parfois provoquer de petits malaises, mais qui la plupart du temps débouche sur des conversations fort intéressantes ou comiques!  L’amour est un sujet vaste aux multiples facettes et cette culture qui m’est parfois si étrangère élargit ma vision de ce sentiment fondamental.

https://soundcloud.com/charles-quevillon/thisloveisnothingbutdesire

Maintenant, je m’apprête à quitter Tokyo pour 1 semaine. J’irai à Naoshima, un grand musée à ciel ouvert sur une île dans la mer intérieure japonaise. Je me dirigerai ensuite vers l’île de Shikoku pour faire un petit bout du pèlerinage des 88 temples et expérimenter la vie dans les temples bouddhistes Shingon. Finalement, j’irai terminer cette aventure au mont Koya, une montagne sacrée.