Tokyo – Octobre – À la recherche du Zen perdu –

dsc_5678Qu’est-ce que le Zen authentique?

Durant mon court pèlerinage sur l’île de Shikoku, j’ai été choqué par l’institutionnalisation du bouddhisme. Les «business monks». On appelle ainsi les prêtres/moines qui ne font que performer des cérémonies religieuses qui sont parfois très couteuses. Ils arrivent au boulot le matin et retrouvent leur famille le soir. Ils n’ont pas la vocation de moine. Ils sont le symbole de la religion sans spiritualité. C’est sans compter les nombreux Shukubo qu’on retrouve sur l’île de Shikoku. Ce sont des temples transformés en hôtels assez dispendieux (entre 100$ à 200$ CAD pour une nuit) qui accueillent des autobus de touristes venus faire le pèlerinage en accéléré. J’ai passé une nuit dans un tel lieu à Anrakuji et ç’a été une expérience assez artificielle.

C’est étonnant à quel point l’argent a perverti nos sociétés. Même à ces endroits où il n’y a rien à vendre! De retrouver cette quête du profit et du capitalisme dans une majorité des temples bouddhiste a été un choc. C’était sans doute un peu naïf de ma part de croire encore à la vision idéale du temple isolé dans les montagnes où règnent paix et sérénité loin des soucis du monde moderne…

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Le pèlerin de Shikoku, qu’on appel « Henro », et son habit typique…

À la recherche du Zen perdu…

Heureusement, après le 11e temple du pèlerinage, on se retrouve dans les montagnes magnifiques qui entourent la ville de Tokushima. Il y a une bonne journée de marche pour arriver jusqu’au temple #12. C’est dans ces montagnes que j’ai pu vivre une tout autre expérience d’un temple bouddhisme…

Mon séjour au Doshin Zen Dojo (traduction : la pratique de la recherche du vrai soi)  a été une expérience marquante. J’ai été accueilli par Etsudo. Un moine zen d’une soixantaine d’années. Il invite tous les «Henro» à  venir rester dans son «temple» gratuitement. Etsudo vit de mendicité et de dons qu’il reçoit par la poste. « Please enjoy Zen simple life » m’a-t-il dit à plusieurs reprises dans un anglais assez bon pour un japonais. Effectivement, c’est une vie très simple. C’est un endroit très modeste, mais la générosité, l’ouverture et le don de soi de Etsudo forcent le respect. J’y suis resté trois jours. Les journées passaient lentement entre les séances de méditations, le travail dans le jardin, les «tea break» et les repas. J’y ai expérimenté un zen dépouillé de presque tout. La spiritualité sans religion…

Le contraste entre ce moine pauvre et solitaire et les «business monks» me fait encore beaucoup réfléchir.

Descendu de la montagne, je me suis dirigé vers Koyasan, cette montagne sacrée. Je ne voulais pas revivre l’expérience un peu horrible des Shukubo et il y en a plus de cinquante sur cette montagne sacrée, une vraie industrie. J’ai donc dormi dans un parc à la belle étoile. Au réveil, j’ai visité le cimetière et la tombe de Kobo Daishi. Les tombes et les cèdres tricentenaires vus sous la lueur de l’aube et le silence qui régnait forment un souvenir mémorable.

De retour à Tokyo, j’ai passé les trois dernières semaines à composer et à classer les idées provoquées par ce pèlerinage inspirant. C’est un travail ardu. Les notes sortent au compte-gouttes. C’est un peu comme essayé de presser un citron pas mûr!

Ceci dit, demain je quitte Tokyo à nouveau. Toujours à la recherche du Zen perdu, je passerai la semaine dans les environs de Ishikawa près des Alpes japonaise au temple zen de Daijoji. Quatre jours de méditations avec les moines. Par la suite, je me dirigerai vers Eiheiji, le plus important temple zen au Japon. Fondé par maître Dogen en 1244, on y forme la majorité des prêtres et j’aurai la chance d’y rester une nuit.

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2 Replies to “Tokyo – Octobre – À la recherche du Zen perdu –”

  1. Charles! C une super réflexion. Le zen est un état d esprit et non une switch qu on tourne on and off. Bien hâte que tu en parles au retour!

  2. dans toute religion, il y a toujours un écart entre la théorie ou l’enseignement et la pratique. Cela n’épargne pas le bouddhisme. Ainsi, ayant la réputation d’une doctrine non violente, les monastères chinois étaient souvent impliqués dans des conflits armés au moyen-âge et faut-il rappeler que c’est un moine bouddhiste qui a tué le président Bandaranaike du Sri Lanka.

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